L’artisanat de Grenade

Par Veronica GANZABAL

Photo grenade

Grenade, au sud de l’Espagne, est une province jolie comme seulement Grenade peut l’être. Cet endroit incomparable se situe entre la plage, la montagne et la campagne. Il a été la maison de plusieurs peuples le long de son histoire : les Ibères, les Phéniciens, les Grecs, les Romains, les Musulmans et les Chrétiens. Ce prodigieux mélange de cultures a laissé sa trace dans l’artisanat, qui est le fidèle reflet des coutumes et de la vie au quotidien.

Le métier de la boue : des potiers et des céramistes

La céramique, surtout d’origine musulmane, a plusieurs styles qui ont survécu depuis l’antiquité jusqu’à nos jours grâce à leur beauté et leur utilité. Quelques exemples de ces oeuvres en argile sont la céramique Fajalauza, les anafres d’Alhama, les pipos de Guadix, les botijos de gallo d’Almuñecar ou les orzas de Huescar. Tous ces types d’artisanat sont principalement liés à la vie rurale et au travail agricole.

Ils étaient vendus avec grand succès partout dans le centre et le sud de l’Espagne par des marchands  mais, pendant les années 50 du XXème siècle, la mécanisation des travaux agricoles, la migration vers les grandes villes et l’apparition de nouveaux matériels pour la fabrication des objets ont fait que toute cette production s’est orientée plus vers des fins décoratives et vente aux touristes.   

La céramique la plus caractéristique de Grenade est la Fajalauza, faite surtout à la capitale et dans certains villages autour de la capitale. Cette façon de travailler la céramique vient de la tradition nazari (nazari ou nasride est une dynastie arabe fondée par Mohammed ben Nasar à Grenade et qui représente le dernier règne arabe de Grenade jusqu’à 1492) et ses motifs floraux et géométriques et ses couleurs, vert, blanc et bleu ont été pris par les Chrétiens jusqu’ à présent.

Un autre exemple de cet artisanat est la jarra accitana ou pichet de Guadix, avec une décoration très baroque de fleurs, des feuilles, de coqs et de grands masques.

Le métier du bois

La Taracea est une technique artisanale qui consiste à prendre de petites pièces en bois, nacre, ivoire ou métal de différentes couleurs et à former avec celles-ci un dessin décoratif, c’est pour cela qu’on le nomme mosaïque. On peut trouver les premiers exemples de ce type d’artisanat en Mésopotamie il y a plus de trois milles années. Les Arabes ont introduit cette technique en Espagne après la Conquête de la Péninsule, c’est pour ça que  le nom: le mot arabe “tar’sia” signifie incrustation. Actuellement cette forme de création artisanale subsiste à Damas et à Grenade.

Grenade est aussi l’une des deux écoles les  plus importantes de luthiers de Espagne. Célèbre pour ses guitares flamencos et classiques, l’école de Grenade continue aujourd’hui son travail dans des lieux emblématiques comme el Albaicín ou la Cuesta Gomérez.

Grenade a aussi des grandes sculptures qui ont traversé l’imaginaire religieux. Les pasos de Semana Santa (des statues qui défilent durant la Semaine Sainte portées par des hommes, costaleros) sont bien connues dans tout le pays.

Le christianisme a laissé une trace importante dans l’artisanat en du bois: les meubles de la Renaissance, aussi nommés style espagnol ou grenadin. Ce style a son origine dans quelques pièces réalisées dans les temps des Rois Catholiques (XVe siècle) et ça a continué à se faire durant les XVIe et XVIIe siècles. On trouve des barguenos (des cabinets avec de tiroirs secrets) arquimesas (un autre type de bureau) et meubles de chambre à coucher décorés avec de mascarones (des grands masques), grutescos (combinaison des éléments décoratifs tels que des éléments végétaux, des vases, des cornes d’abondance, des armures, des têtes de boeuf et des divers personnages mythologiques qui remplissent d’une forme riche et capricieuse l’espace)

Le métier du métal

La forge et la chaudronnerie sont des métiers dont l’importance s’est maintenue jusqu’à aujourd’hui. L’endroit continue à être le même, les forges et les ateliers de l’Albaicin et du Sacromonte, des quartiers historiques au nord-ouest de Grenade, bien que les matériels et les techniques de travail aient changé en s’adaptant aux temps et à la demande: le cuivre a été substitué par le laiton et au lieu des chaudrons et des ustensiles de cuisine, maintenant sont faits des objets plus propices à  la décoration qu’aux nécessités quotidiennes. Cependant, l’objet qu’il me plairait de faire remarquer dans cette section est la lanterne grenadine. Faites dans un fer-blanc et un cristal, ces petites oeuvres d’art quotidien  conservent l’élégance et l’harmonie géométrique et de couleur qui honorent leurs racines arabes.

Le métier du textile

Ici la variété est vraiment grande, de la fabrication de la soie à la broderie avec l’or dans tout type de tissus riches pour faire surtout des vêtements luxueux, ou à la confection de vêtements dans la  tulle ou dans la  dentelle. Ce type de broderies a une décoration petit et très serré où le designe de la fruit de la Grenade, symbol de la ville, est très courant. Cette broderie, appelle blonda granadina, s’utilise pour faire des draps, des voiles, des foulards et des services de table; tout ça fait en fil, avec de couleurs claires et une inspiration baroque et de la Renaissance.

Beaucoup plus modeste est la jarapa alpujarrena, un tissu en coton ou laine fait dans des machines artisanaux à tisser. Les plus connus sont ceux-là des Alpujarras Grenade, une région montagneuse au Sud de la ville de Grenade, et aujourd’hui ce sont pratiquement les uniques qui subsistent.

Je conseille au voyageur d’aller à Grenade de prendre du temps pour connaitre tous ces petits coins où ces métiers se développent, de parler avec la personne et demander sur tout ce que vous voulez savoir. Vous vous étonnerez de la connaissance profonde que l’artisan a sur les traditions et l’histoire, et de comment son histoire personnelle et familiale est totalement liée à son travail et sa passion. La conversation peut être brève si la personne est vraiment réservée, ou chaleureuse et détendue se terminant avec un verre de vin.  La légende raconte que dès que le voyageur commence à comprendre et à connaître Grenade et ses habitants, il ne peut pas les expulser de son coeur. Ça s’appelle el embrujo de Granada (le sortilège de Grenade)

 

Sources :

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