Königsberg, une ville imaginaire dans le Kaliningrad moderne

par Natalia GRIKHINA

Chaque personne a son ombre. Chaque ville l’a aussi. Ce sont des vieux quartiers, des légendes de ville, des monuments historiques, des personnages célèbres qui habitaient là… L’ombre de Kaliningrad est son visage allemand qui s’efface peu à peu et qui continue à exister dans l’esprit de ses habitants.

Kaliningrad est une ville russe, située au bord de la mer Baltique. Si vous regardez l’immense carte de la Russie, au coin de la frontière occidentale, vous verrez un tout petit morceau séparé du pays par la Lituanie et la Pologne. C’est ici où se trouve Kaliningrad, ma ville natale.

Autrefois la ville s’appelait Königsberg. Fondée par des chevaliers teutoniques en 1255 elle était la capitale de la Prusse Orientale qui est devenue après une province d’Allemagne. C’était une région riche, fière et indépendante.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, Königsberg a été presque complètement détruite par des bombardements des alliés. En avril 1945 la ville a été prise par l’armée soviétique et en mai 1945 elle était rattachée à l’URSS.

Depuis son enfance, chaque habitant de Kaliningrad connaît son histoire : des anciens noms de ses rues, des images des bâtiments qui n’existent plus, les noms du philosophe Emmanuel Kant et le célèbre auteur de contes E. T. A. Hoffmann qui sont nés ici. Grâce à toutes ces connaissances, des légendes, des contes et des photos historiques, l’imagination des enfants dessine des images multiples d’une ville qui n’existe plus. C’est une ville imaginaire, une ombre éphémère du grand Königsberg.

Quand on se promène dans des rues modernes, on visualise la vieille ville. On sait très bien par exemple que la rue Komsomolskaya portait le nom de la reine Louise et on imagine la beauté de cette rue à l’ancienne époque. On sait que l’île de Kant où se trouve la Cathédrale de Königsberg et le tombeau du grand philosophe, autrefois s’appelait Kneiphof. Aujourd’hui la Cathédrale est le seul bâtiment ici, mais on sait qu’il était constitué de nombreuses maisons et on les voit presque en réalité.

En traversant le pont qui mène à la Cathédrale, on se rappelle son ancien nom : le Pont de Miel (Honigbrücke). Tout d’un coup on se souvient d’une histoire amusante qui s’est passée ici avec le baron de Münchhausen. Elle est peut-être invraisemblable, mais elle a son charme comme toutes les légendes urbaines. Une soirée d’hiver le baron de Münchhausen retournait de la chasse et sur ce pont-là il a rencontré un garçon, qui contemplait la Lune et le ciel nocturne malgré le froid et le vent. Le baron a regardé aussi la Lune et lui a dit qu’il y irait définitivement. Cette certitude a vraiment impressionné le garçon. Il s’appelait Emmanuel Kant. Des dizaines d’années plus tard, le grand philosophe écrirait dans un de ses livres : « Deux choses remplissent le cœur d’une admiration et d’une vénération toujours nouvelles et toujours croissantes : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi. » Ces mots sont gravés sur un tableau de pierre qui est installé à Kaliningrad.

La Cathédrale de Königsberg

Parfois l’histoire a été cruelle avec la ville. Les restes du château royal ont été anéantis. Maintenant je comprends pourquoi : après la fin de la seconde guerre mondiale, les gens ne pensaient qu’à survivre dans une ville détruite, dans une ville ennemie. La dernière pensée était de reconstruire son image allemande. Quand je regarde des photos de ma ville qui étaient prises en 1945 après des bombardements, je ne peux pas croire que les gens aient réussi à la rebâtir.

Après la période soviétique la ville a connu une nouvelle transformation. Des cathédrales sont devenues de nouveau des lieux de culte. Mais si avant la Guerre elles étaient protestantes, aujourd’hui elles sont orthodoxes. D’habitude, la cathédrale protestante a un toit pointu avec une flèche. Alors que l’église orthodoxe a un clocher à bulbe à la forme d’oignon. À Kaliningrad tout est mélangé : des églises orthodoxes ont des flèches protestantes.

Kaliningrad

De nos jours, la ville moderne copie parfois l’image de l’ancienne capitale de la Prusse : on a restauré beaucoup d’édifices et de monuments et construit des bâtiments nouveaux « à l’ancienne ». Parfois c’est une autre ville : moderne, nouvelle, développée. On ne choisit pas sa famille, on ne choisit pas son histoire non plus. Pour moi Kaliningrad est une ville ambivalente, qui gardera pour toujours l’histoire de Königsberg, si compliquée et si émouvante.

Sources :

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:K%C3%B6nigsberg_Castle.jpg

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Kneiphof.jpg

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