Les chats d’Istanbul

par Beril Cekin

Istanbul est une ville très proche de mon cœur, et même si elle est une ville chaotique avec quinze millions d’habitants, je la trouve très charmante. Il s’agit de la capitale culturelle turque ainsi que d’une destination touristique importante de longue date. La ville, auparavant nommée « Constantinople » et préalablement à cela « Byzance », fonctionne tel un pont entre l’Europe et l’Asie qui possède des couches d’histoire et de culture millénaires, des quartiers divers et fascinants ainsi qu’une cuisine exquise.

Ces dernières années, les touristes ont remarqué une autre caractéristique de la vie à Istanbul : la ville est pleine de chats errants. Ces félins peuvent littéralement être vus dans tous les recoins de la métropole. Cet aspect d’Istanbul est souvent mis en avant grâce à la célèbre devise « la ville des chats ». Des articles ont été rédigés par les médias mondiaux, de belles photos ont été partagées, des vidéos du conseil du tourisme ont été préparées. Les comptes Instagram consacrés aux chats d’Istanbul reçoivent des milliers de likes et de followers. Même un film documentaire primé a été produit sur le sujet, qui s’appelle « Kedi ». Le film, qui se concentre sur la relation entre les chats et les habitants d’Istanbul, a été salué par la critique. 

un chat devant la Tour de Léandre

La relation entre les locaux et les chats est vraiment quelque chose de spécial. Les gens organisent des événements pour construire des maisons avec isolation thermique pour les chats afin qu’ils puissent rester au chaud pendant l’hiver, prennent soin d’eux, les nourrissent et  les aident à se faire adopter, font des efforts individuels pour recueillir des fonds…C’est quelque chose qui attire l’attention des étrangers. Dans mon cas, mon ami français, qui a toujours trouvé mon amour pour les chats un peu extrême, a dit qu’il l’avait compris au moment où on a visité Istanbul ensemble.

Il y a même des chats istanbulites célèbres et emblématiques.  L’un d’entre eux s’appelle Tombili, qui signifie “Dodu » en turc. La caractéristique amusante de Tombili est sa façon de s’asseoir. Il est devenu célèbre après qu’un touriste l’a photographié assis sur un trottoir et cette photo est rapidement devenue un mème sur Internet. Après sa mort, la ville a été couverte d’affiches à sa mémoire par les habitants, et une sculpture de Tombili a été construite sur le trottoir où il a été photographié.

La statue de Tombili

Une autre célébrité, Gli, connue comme le chat de Sainte-Sophie, avait son propre compte Instagram. Gli est né à Sainte-Sophie et y a vécu toute sa vie, il était une star des touristes. Il est décédé récemment en raison de son âge avancé. Les gens ont exprimé leur tristesse de sa mort et des peintures ont été réalisées en son honneur.

Gli, le chat de Sainte-Sophie

Ce phénomène peut être retracé dans le passé. L’existence de chats et de chiens errants dans la ville est mentionnée dans de nombreux livres de voyage des voyageurs occidentaux. En fait, à l’époque ottomane, une profession a été créée juste pour nourrir les chats et les chiens vivant dans la rue : les “mancacı”s. Les gens leur achetaient de la nourriture pour chats et chiens ou leur donnaient de l’argent pour qu’ils puissent nourrir les chats et les chiens dans la rue.

Il faut remarquer que, même si les habitants de la ville ont une affinité particulière avec les chats errants, la situation réelle n’est pas telle qu’elle est montrée de cette manière romancée. On peut apercevoir que les chats semblent être en pleine forme et bien soignés dans les quartiers plus riches, mais cela change quand on on va dans certains quartiers plus pauvres que d’autres. Tout d’abord, la durée moyenne de la vie d’un animal errant est estimée entre 3-6 ans. C’est donc évident que leur qualité de vie dans une grande métropole n’est pas très bonne, et surtout sans être stérilisé… De plus, la législation actuelle en matière de protection des animaux est très loin d’être dissuasive car elle n’impose que des amendes monétaires contre des cas de violence animale, qui ne sont même pas d’un montant élevé. Nous attendons depuis longtemps que le Parlement adopte un projet de loi qui criminalise de tels actes.

Ressources:

https://www.geo.fr/voyage/istanbul-les-chats-comme-des-pachas-161297

https://www.theguardian.com/world/2017/dec/28/turkey-where-pampered-cats-are-top-dog

https://www.dw.com/tr/istanbulun-kedileri/g-40009203

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