La France à Saint-Pétersbourg

La France à Saint-Pétersbourg

Par Daria Mikitaninets

Pourquoi je ne comprends pas totalement la culture russe?

Je suis née à Saint-Pétersbourg, une ville qui a été construite pour devenir une capitale. Ce gros chantier a été supervisé par Peter I, qui dès son plus jeune âge, s’intéressant aux sciences et à un mode de vie étranger, fut le premier des tsars russes à faire un long voyage dans les pays d’Europe occidentale. À son retour, en 1698, le monarque lança des réformes à grande échelle de l’État russe et de l’ordre social. Malgré sa politique sous le signe du règne des «Allemands», il invitait les Français en tant que spécialistes des affaires militaires, de la construction navale, de la médecine. À cet égard, nous pouvons constater que la France fait partie de l’histoire russe à partir du XVIIIème siècle.  

Hermitage, le deuxième Versaille de Élisabeth Petrovna

Les réformes de tsar ont continué par sa fille, Élisabeth Petrovna, passionnée par la mode et la culture française. Son palais est devenu le deuxième Versaille avec son Cour et elle voudrait être une icône de la mode de son temps. Un détail intéressant pour tous les touristes est que sa garde-robe contient 15 000 robes. Le fait est connu du livre du scientifique Jacob Stehlin mais les calculs montrent sa fiabilité. Puis Catherine II, une successeure d’Elizabeth au trône de Russie, a également donné une préférence personnelle à la pensée intellectuelle française, contribuant ainsi à l’établissement de cette culture dans l’environnement noble russe. La philosophie de Voltaire est devenue «à la mode» à la cour.

Centre-ville

Bien sûr, d’autres cultures, comme la culture anglaise et italienne, ont changé la mentalité et l’apparence de la ville, mais on ne peut pas dire que le pouvoir d’influence ait été si important. Ils n’affectaient pas tous les domaines de la vie quotidienne, comme la culture française. Par exemple, l’éducation des jeunes nobles à la fin du XVIIIe – première moitié du XIXe siècle était presque entièrement basée sur la culture française. A.P. Kern a rappelé l’époque de sa jeunesse: « Nous étudions toutes les matières en français et étudions le russe pas plus que six semaines pendant les vacances … », et les lectures de la jeunesse étaient principalement composées d’auteurs français. Il est à noter qu’à Saint-Pétersbourg il y avait des restaurants français, des boutiques à la mode, des livres et des magazines en français qui étaient très populaires (Journal des dames et des modes, Journal de Saint-Pétersbourg). Durant tout le siècle, le théâtre Mikhaïlovski donnait quatre fois par semaine des représentations en français et trois fois par semaine en allemand. 

Basilique catholique Sainte-Catherine d’Alexandrie

Concernant l’architecture de la ville, les touristes peuvent essayer de trouver des endroits lumineux où la main du Français a travaillé. Souvent, ces architectes et sculpteurs n’étaient pas célèbres dans leur patrie, ils sont venus quand ils étaient jeunes, mais sont devenus grands dans la Venise du Nord. Cherchez les symboles de la ville: la cathédrale Saint-Isaac et la colonne d’Alexandre, érigée par Auguste Montferrand, puis le Gostiny Dvor et l’Académie des Arts, dessinée par Jean-Baptiste Vallin de La Mothe. Également le bâtiment de la Bourse, construit par Jean-François Thomas de Thomon et le Cavalier de Bronze, créé par Etienne Falconet. Le reste des monuments importants de la ville ont généralement été construits sous l’influence des Italiens ou par les Italiens eux-mêmes. Il est frappant de constater qu’à l’extérieur, nous voyons  des cathédrales et des grandes églises de la tradition de l’Europe de l’Ouest, tandis qu’à l’intérieur, la décoration se mêle à un style oriental. Pouvez-vous convenir qu’il serait logique de suggérer que je ne pourrais jamais devenir volontiers orthodoxe? Et oui, ma basilique catholique Sainte-Catherine d’Alexandrie, dont la communauté était ma deuxième famille, a également été construite par des Italiens et des Français.

Centre-ville

A propos de philologie, tout au long de la période post-pétrine, la langue était divisée en «ancienne» (église slave) et «nouvelle» (langue littéraire émergente), de plus, «le désir de renommer les positions, le nom même de l’État, le titre de son chef, les noms personnels « avec l’utilisation prédominante de mots étrangers a commencé à être considéré comme une fonction naturelle du pouvoir de l’État. Je raconte souvent à mes touristes quand ils viennent au sud de la France l’histoire de nos «mots russes» quotidiens. Chaque mot a été “bricolé” à partir de quelques mots français hors contexte. Par exemple, nous parlons d’un événement récurrent (y compris avec une  nuance  mystique « дежавю », qui est littéralement écrit du mot “déjà vu” en cyrillique. Le sens est le même que «Je l’ai déjà vu». Si nous faisons attention, les noms de nombreux meubles de l’hôtel (“отель”) nous rappellent la langue « russe ». Nous allons au restaurant et voyons un côtelette (“котлета”), une entrecôte (“антрекот”), une purée (“пюре”) de pommes de terre au menu, puis en attendant la commande nous nous souvenons des croissants (“круассаны”), pour lesquels, en fait, nous étions venus.

Centre-ville

Vous pouvez me dire que cette situation était il y a longtemps, et c’est sûr que maintenant la Russie a changé après des années de communisme, où l’aristocratie et la cour royale n’étaient plus là. Et de plus, le vocabulaire de la cuisine est international. À Saint-Pétersbourg, la même histoire se passe chaque semaine, car les locaux vont très souvent au théâtre, dont il y en a plus d’une centaine dans la ville. Nous ouvrons le lexique  russe en écrivant  des mots  exactement comme ils s’entendent  en français !  Il est absolument certain que le dictionnaire d’orthographe de la langue russe confirmera l’exactitude de leur justesse. Nous descendons du métro (“метро”)  ou du taxi (“такси”) et franchissons la bordure (“бордюр”) et marchons le long du trottoir (“тротуар”) jusqu’à la billetterie (en russe “билетная касса” – “la caisse à billets ») du théâtre (“театр”). Ensuite nous achetons un billet (“билет”) pour la loge (“ложа”) ou le parterre (“партер”). Avant le spectacle (“спектакль”), nous passons la garde-robe (“гардероб”) et pendant l’entracte (“антракт”) nous allons au buffet (“буффет”), manger un butterbrot (“бутерброд” – un sandwich venant de l’allemand) ou un éclair (“эклер”) avec un verre du champagne (“шампанское”)  ou du cognac (“коньяк”). La dernière fois à Saint-Pétersbourg, j’ai vu l’opéra Le Trouvère, qui, de toute évidence, n’était pas en russe. Rideau. Il n’y avait pas de mots russes pendant toute la soirée !

Centre-ville avec le vue sur le bâtiment de la Bourse, construit par Jean-François Thomas de Thomon

Sources:

  1. Kufen Elena Alexandrovna. Les Français et les Russes à la fin du XVIIIe – première moitié du XIXe siècle: dynamiques de perception mutuelle des cultures: Dis. … Cand. sciences culturelles: 24.00.01: Moscou, 2003 200 p.
  2. Samoilova Irina Vladimirovna. La culture de la langue française dans l’espace de vie de la vie russe: Dis. … Cand. philosophie. Sciences: 24.00.01 Saransk, 2001 135 p.
  3. Anna Ivanova. La presse en français dans la Russie impériale (2015) Web: https://rusoch.fr/fr/guests/pressa-na-francuzskom-v-imperatorskoj-rossii.html
  4. Bondarev V. Les Français dans l’histoire de Saint-Pétersbourg (2011)  Web: https://www.rfi.fr/ru/rossiya/20110708-frantsuzy-v-istorii-sankt-peterburga
  5. Ivanova A. Les Français à Pétersbourg impérial (2015) Web: https://rusoch.fr/ru/cult/francuzy-v-imperatorskom-peterburge.html
  6. Molokova T., Frolov V. Influence de l’architecture italienne sur l’urbanisme en Russie Web: https://cyberleninka.ru/article/n/vliyanie-italyanskoy-arhitektury-na-gradostroitelstvo-rossii-1

Illustrations:

  1. Eugeniusz Martynowicz
  2. Pinterest (pas de copyright)

Les arbres de Judée dans le Bosphore d’Istanbul

Les arbres de Judée dans le Bosphore d’Istanbul

Par Emine TEKIN

Tu étais dans mes rêves la plupart du temps quand Istanbul était loin de moi. Pour moi, Istanbul n’est pas seulement une ville mais aussi une amie.

Istanbul est une ville de rêve pour de nombreuses personnes. Le Bosphore est le cœur de cette ville de rêve. Ce magnifique détroit, qui combine les continents asiatique et européen, est connu pour sa beauté naturelle.

 

La vue bleue et verte du Bosphore commence à devenir un peu plus rose avec l’arrivée du printemps. Les fleurs des arbres de Judée annoncent le printemps. Le nom botanique de  Judée est Cercis siliquastrum. La couleur de la fleur est d’abord blanche. Puis elle vire au rose. Cet arbre pousse principalement en Europe du Sud et en Asie occidentale. En Turquie, il pousse principalement dans les régions côtières. Il est surtout connu à Istanbul.  

La couleur de la fleur de l’ arbre de Judée est la couleur d’Istanbul. Connu parmi les gens, son nom est la beauté violette du Bosphore.  Ces fleurs sont dans des tons de rose, rouge et violet en avril et mai.  L’arbre rouge était un symbole de richesse à l’époque byzantine et de Constantinople parce que la couleur violette était  la couleur des vêtements portés par les rois byzantins. Comme cette couleur était très difficile à produire naturellement, c’était un signe de richesse et de puissance. Les arbres de Judée symbolisent également la fertilité. S’il y a beaucoup de fleurs cette année-là, cela signifie que toute l’année sera fertile. Par conséquent, la fleur de Judée est très importante pour les Istanbuliotes. Personne ne peut porter une pèlerine violette  sauf le roi. Il y a une légende racontée à propos de la fleur de Judée. Selon certaines croyances chrétiennes, Judas, son apôtre qui a trahi Jésus, s’est pendu à cet arbre. Selon cette légende, après ce suicide, les fleurs, qui étaient blanches auparavant, sont devenues rouges d’embarras.

L’arbre de Judée est très important pour le tourisme.Ses fleurs ornent les deux côtés du Bosphore en avril et mai. Pour les touristes venant à ce temps- là, des voyages en ferry sont organisés. Le décor est comme un festin visuel, en particulier pour ceux qui aiment les plantes. Des milliers de touristes viennent chaque année voir des arbres rouges, violets et roses parmi les arbres verts et le Bosphore bleu.

L’arbre de Judée avait également une place importante dans l’Empire ottoman. Au 15ème siècle, des festivals de fleurs de Judée ont eu lieu dans l’Empire ottoman. Ces fleurs avec de belles couleurs telles que le violet, le lilas et le rose étaient également utilisées dans les salades de la vieille cuisine d’Istanbul ainsi que comme médicament pour la guérison de certaines maladies.

De plus, une canne est faite de cet arbre, par conséquent, il représente le pouvoir. 

 J’ai rencontré ces arbres  dans mon enfance. Quand le printemps arrivait nous ne voulions  pas aller à l’école. Nous allions dans le détroit le week-end : l’odeur de la fleur de Judée est dans mes souvenirs d’enfance. J’ai appris le nom de cet arbre, Erguvan en turc, en grandissant. Le violet-rose est une belle couleur.

 Ces dernières années, l’amour des arbres de Judée s’est accru à Istanbul.  Une association appelée “Erguvan Dostları” a été créée et organise des événements comme le festival de l’arbre de judé. Chaque printemps, lorsque les bourgeons rouges fleurissent, des excursions en bateau sont organisées sur le Bosphore.

Quel est le véritable symbole d’Istanbul? Cela a été discuté à plusieurs reprises. Enfin, les écrits des écrivains et poètes turcs ont été pris en considération et c’est la fleur de Judée qui a été choisie .

Des poètes importants tels que Necip Fazıl, Ziya Osman Saba, Edip Cansever, Yahya Kemal Beyatlı et Ahmet Hamdi Tanpınar ont écrit sur l’importance de l’arbre de Judée pour Istanbul. Le poète Edip Cansever compare Istanbul à un puissant empire violet dans ses poèmes. Selon Orhan Veli, c’est un monde qui rend les gens fous. Selon Necip Fazıl, ce sont les vraies couleurs du pays. Ahmet Hamdi Tanpınar mentionne cet arbre délicat dans ses œuvres comme « la fleur de Judée, une fleur rare pour une fête en son nom ».

 L’arbre de Judée est toujours très important pour les poètes et les écrivains. J’espère qu’ Istanbul ne perdra jamais ces belles couleurs.

Sources :

https://www.google.fr/amp/s/listelist.com/erguvan-mevsimi/amp/

https://www.yedigun.com/erguvan-agaci

https://www.google.fr/amp/s/1001istanbul.com/simdi-istanbulda-erguvan-zamani/amp/

Une tradition toujours suivie : la tradition d’Aşure (Achouré)

par Miné

La journée traditionnelle de l’achouré est une journée célébrée dans les pays du Moyen-Orient et en Anatolie.

C’est une tradition que je suis, car j’aime avant tout préparer le dessert  achouré, un dessert  du même nom préparé durant cette journée. Ce dessert symbolise pour moi l’abondance et la fertilité. Je continue à le préparer en vivant en France et je le distribue, comme la tradition le demande à mes voisins.

Le nom d’achouré est dérivé du mot arabe « ashura » qui est aussi relié au mot hébreu « asor » qui signifie « dixième ».

Ce jour traditionnel, est célébré durant le dixième jour du mois de Muharram dans la foi islamique selon le calendrier Hijri. Un dessert appelé «Aşure» est cuisiné ce jour-là ou pendant le mois de Muharrem.

En Turquie, le mois de Muharram a les significations suivantes  basées sur des versions d’ évènements historiques dont  les plus courantes sont : la commémoration du débarquement du navire du prophète Noé, ou l’acceptation du repentir du prophète Adam après avoir été renvoyé du paradis. La troisième version est le souvenir du  jour où   le prophète Abraham s’est sauvé  du feu et finalement la quatrième est la commémoration du martyre du petit-fils du  prophète Mohammed, Hussein à Karbala.
La croyance adoptée dans la région où je vis et dans ma famille est celle du dixième jour du mois de Muharram, lorsque Noé a préparé ce dessert à bord de son navire avec les derniers ingrédients qu’il avait quand il a accosté près le déluge. Les pratiques autour de la cuisson et de la distribution de cette nourriture au mois de Muharrem selon le calendrier Hijri sont appelées la «tradition ashuré». Les croyants, durant ce jour ne sont pas obligés de préparer ce dessert et le distribuer, car à la  place ils  peuvent préfèrer observer un jour de jeûne.

COMMENT PRÉPARER L’ACHOURÉ ?

Il n’y a pas une recette spécifique de l’achouré. La recette diffère selon les régions. Généralement, il est préparé en faisant bouillir des ingrédients tels que du blé, des haricots blanc, des pois chiches, des abricots et des figues dans de l’eau sucrée. Le plat préparé est décoré avec des ingrédients tels que des noix, des pignons de pin, des amandes, des grenades, des graines de sésame et de la cannelle. On dit traditionnellement qu’il doit être préparé à partir d’au moins 7 ingrédients. Certains disent que cela devrait être fait avec 10 éléments en raison de la signification de son nom. Les Alevis, par contre, utilisent toujours 12 ingrédients pour préparer l’achuré. Il est végan car la recette ne contient aucun produit animal. 

En Turquie, des prières sont récitées lors de la cuisson de l’achouré. Comme nous croyons à son pouvoir de guérir des maladies, il est d’abord distribué aux patients et aux enfants, puis distribué à l’entourage proche et aux  voisins. Le bol d’achouré est rendu sans lavage. S’il en reste en plus, il est versé sous les arbres fruitiers et on pense que ces arbres donneront plus de fruits.

LES TRADITIONS D’ACHOURÉ HORS DE LA TURQUIE

L’achouré, dans de nombreux pays voisins de la Turquie, dans les communautés chrétienne et juive de la région, est préparé  sous des noms différents.

Le plat d’achouré est également présent dans la culture arménienne et grecque. Les Arméniens fabriquaient des « anush-abour » le 6 janvier; Les Grecs distribuent la « koliva », qu’ils préparent avec du blé, des raisins secs et du miel, à la porte de l’église et placent une bougie sur l’assiette d’achouré et la placent au dessus  des tombes.

Dans la culture alévie, un lien est établi entre la cuisson de l’achouré, le jour où Hussein a été tué pendant la bataille de Karbala et le fait que l’achouré ne contient aucun produit animal. Pour les Alevis le fait  de ne pas utiliser des ingrédients issus de produits d’animaux est une façon de montrer leur protestation contre la violence. Les Alévis cuisinent des achourés chaque année au mois de Muharrem pour marquer leur opposition contre la mise à mort et la violence (y compris celle envers les animaux abattus pour se nourrir) en jeûnant pendant 12 jours.

Sources : 

https://www.kulturportali.gov.tr/portal/asure

https://tr.wikipedia.org/wiki/A%C5%9Fure

https://www.haberler.com/asure-gununun-anlami-ve-onemi-en-guzel-asure-13521478-haberi/

Königsberg, une ville imaginaire dans le Kaliningrad moderne

Königsberg, une ville imaginaire dans le Kaliningrad moderne

par Natalia GRIKHINA

Chaque personne a son ombre. Chaque ville l’a aussi. Ce sont des vieux quartiers, des légendes de ville, des monuments historiques, des personnages célèbres qui habitaient là… L’ombre de Kaliningrad est son visage allemand qui s’efface peu à peu et qui continue à exister dans l’esprit de ses habitants.

Kaliningrad est une ville russe, située au bord de la mer Baltique. Si vous regardez l’immense carte de la Russie, au coin de la frontière occidentale, vous verrez un tout petit morceau séparé du pays par la Lituanie et la Pologne. C’est ici où se trouve Kaliningrad, ma ville natale.

Autrefois la ville s’appelait Königsberg. Fondée par des chevaliers teutoniques en 1255 elle était la capitale de la Prusse Orientale qui est devenue après une province d’Allemagne. C’était une région riche, fière et indépendante.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, Königsberg a été presque complètement détruite par des bombardements des alliés. En avril 1945 la ville a été prise par l’armée soviétique et en mai 1945 elle était rattachée à l’URSS.

Depuis son enfance, chaque habitant de Kaliningrad connaît son histoire : des anciens noms de ses rues, des images des bâtiments qui n’existent plus, les noms du philosophe Emmanuel Kant et le célèbre auteur de contes E. T. A. Hoffmann qui sont nés ici. Grâce à toutes ces connaissances, des légendes, des contes et des photos historiques, l’imagination des enfants dessine des images multiples d’une ville qui n’existe plus. C’est une ville imaginaire, une ombre éphémère du grand Königsberg.

Quand on se promène dans des rues modernes, on visualise la vieille ville. On sait très bien par exemple que la rue Komsomolskaya portait le nom de la reine Louise et on imagine la beauté de cette rue à l’ancienne époque. On sait que l’île de Kant où se trouve la Cathédrale de Königsberg et le tombeau du grand philosophe, autrefois s’appelait Kneiphof. Aujourd’hui la Cathédrale est le seul bâtiment ici, mais on sait qu’il était constitué de nombreuses maisons et on les voit presque en réalité.

En traversant le pont qui mène à la Cathédrale, on se rappelle son ancien nom : le Pont de Miel (Honigbrücke). Tout d’un coup on se souvient d’une histoire amusante qui s’est passée ici avec le baron de Münchhausen. Elle est peut-être invraisemblable, mais elle a son charme comme toutes les légendes urbaines. Une soirée d’hiver le baron de Münchhausen retournait de la chasse et sur ce pont-là il a rencontré un garçon, qui contemplait la Lune et le ciel nocturne malgré le froid et le vent. Le baron a regardé aussi la Lune et lui a dit qu’il y irait définitivement. Cette certitude a vraiment impressionné le garçon. Il s’appelait Emmanuel Kant. Des dizaines d’années plus tard, le grand philosophe écrirait dans un de ses livres : « Deux choses remplissent le cœur d’une admiration et d’une vénération toujours nouvelles et toujours croissantes : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi. » Ces mots sont gravés sur un tableau de pierre qui est installé à Kaliningrad.

La Cathédrale de Königsberg

Parfois l’histoire a été cruelle avec la ville. Les restes du château royal ont été anéantis. Maintenant je comprends pourquoi : après la fin de la seconde guerre mondiale, les gens ne pensaient qu’à survivre dans une ville détruite, dans une ville ennemie. La dernière pensée était de reconstruire son image allemande. Quand je regarde des photos de ma ville qui étaient prises en 1945 après des bombardements, je ne peux pas croire que les gens aient réussi à la rebâtir.

Après la période soviétique la ville a connu une nouvelle transformation. Des cathédrales sont devenues de nouveau des lieux de culte. Mais si avant la Guerre elles étaient protestantes, aujourd’hui elles sont orthodoxes. D’habitude, la cathédrale protestante a un toit pointu avec une flèche. Alors que l’église orthodoxe a un clocher à bulbe à la forme d’oignon. À Kaliningrad tout est mélangé : des églises orthodoxes ont des flèches protestantes.

Kaliningrad

De nos jours, la ville moderne copie parfois l’image de l’ancienne capitale de la Prusse : on a restauré beaucoup d’édifices et de monuments et construit des bâtiments nouveaux « à l’ancienne ». Parfois c’est une autre ville : moderne, nouvelle, développée. On ne choisit pas sa famille, on ne choisit pas son histoire non plus. Pour moi Kaliningrad est une ville ambivalente, qui gardera pour toujours l’histoire de Königsberg, si compliquée et si émouvante.

Sources :

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:K%C3%B6nigsberg_Castle.jpg

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Kneiphof.jpg

Les festivités busó

Les festivités busó

par Inez Michnea

Mon  petit pays qui s’appelle Hongrie est situé au centre de l’Europe, est unique par sa langue et son identité culturelle sur le vieux continent Européen. Une nation qui a réussi à protéger ses traditions ancestrales malgré les changements de régimes et la perte de ses territoires.

Cet article est né pour vous faire connaître un carnaval masqué qui est particulier par sa perception dans le monde et qui m’a marquée depuis la première fois que j’ai eu la possibilité de le voir.

Le Busójárás (Busó signifie la personne masquée et járás signifie la marche) est une fête populaire de six jours qui se déroule dans la localité de Mohács  en  Hongrie et qui est né pour célébrer le fait d’avoir chassé l’hiver et de saluer le printemps. En plus, le carnaval accueille un concours de costumes pour les jeunes, une exposition folklorique et de l’art artisanal de fabrication de masques. Depuis 2009, cette coutume de carnaval a été ajoutée à la liste UNESCO du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

1. Un busó

L’histoire

Ses racines sont originaires du folklore slave. Après que la localité de Mohács a  été libérée de l’occupation turque en 1687, une grande population slave s’est installée près d’une autre préexistante pour peupler les territoires vides autour de Mohács. Ce peuple a apporté la tradition des masques qui avec le passage du temps a été intégré dans la culture populaire hongroise. Les premières écritures sur cette coutume datent de 1783.

Est-ce qu’on parle d’un évènement sans danger ? Pas vraiment. Quelques documents du 19ème siècle parlent des périls du carnaval car il n’était pas recommandé de se trouver dans les rues puisque les festivités ont souvent fini dans la violence.  

Les fêtes ne manquaient pas d’alcool et, avec le déguisement complet de chaque busó, les violences ou le harcèlement des femmes n’étaient presque jamais punis.   

Le mythe

Le mythe populaire lié à l’occupation turque raconte une histoire dans laquelle, pour fuir des conquérants turcs, la population enragée s’est réfugiée dans les marais adjacents. Là-bas, ils ont préparé des masques effrayants, se sont habillés de grands manteaux en laine et ont fabriqué des instruments pour faire un bruit fort. Pendant la nuit, ils ont lancé une attaque pour les chasser de la région avec succès. Grâce à eux, les Turcs ne sont jamais revenus. 

Qu’est-ce c’est un busó ?

Leur objectif est de capter l’attention avec des performances dans les rues de la ville. Ils montrent leur transformation en bête effrayante et s’expriment librement avec des gestes et mouvements sans parler, tout en cachant leur identité réelle derrière le masque.

Le busó est un homme qui porte un masque sculpté en bois de saule et coloré en rouge avec du sang de cochon. Ces masques sont conçus par des artisans spécialisés dans cette tradition en respectant les particularités des formes et d’expressions qui apportent le sourire mais aussi la peur. Un autre élément de sa tenue est la fourrure de mouton attachée par une corde, sur laquelle sont placées quelques cloches d’animaux. En outre, un accessoire typique qu’il tient dans ses mains est la crécelle, un instrument de musique en bois. Le busó a son propre entourage, des protecteurs habillés avec  des morceaux de chiffon. Leur rôle est de tenir la foule, notamment les enfants, à distance des busós.

2. Les busós entourés par la foule

La période

 Comme la majorité de la région est catholique, les dates des festivités sont en concordance avec les coutumes religieuses. La période entre L’Épiphanie (6 janvier) et le mardi gras (date de fête changeante du 4 février au 10 mars) marque un intervalle de fêtes et de grands repas dans la plupart des cultures européennes, dont la période des carnavals.

Le déroulement : 

Le carnaval est un événement qui se déroule en plusieurs étapes :

·       Le défilé dans les rues principales vers le centre-ville

·       Le débarquement des busós qui arrivent de la rivière Danube  

·       La mise à l’eau du cercueil du carnaval pour se débarrasser de la période froide de l’hiver

·       La préparation d’un bûcher sur la place centrale

Avec l’arrivée de centaines de busós dans des barques sur le Danube, le défilé commence en parcourant la localité accompagné de chars ornementés et tirés par des chevaux ou véhicules. Ils sont suivis par la mise en feu d’un cercueil noir symbolisant l’hiver qui est lancé dans la rivière. Enfin à la tombée de la nuit, un feu de joie est préparé par la foule sur la place principale de la ville où ils continuent les célébrations avec la danse et la musique traditionnelle. 

3. Le défilé des busós

Le Busójárás est un événement inoubliable si on a de la chance d’y participer au moins une fois dans sa vie. L’énergie vibrante de la foule, la musique et les hommes masqués donnent l’espoir et l’énergie après un hiver gris et froid. Néanmoins, cette célébration fait partie d’une culture riche en éléments folkloriques qui sont tous présents à Mohács une fois par an. 

Ressources:

https://ich.unesco.org/fr/RL/les-festivites-buso-de-mohacs-une-coutume-de-carnaval-masque-marquant-la-fin-de-lhiver-00252?RL=00252

https://hu.wikipedia.org/wiki/Bus%C3%B3j%C3%A1r%C3%A1s

https://www.mohacsibusojaras.hu/busojarasrol/busojaras-tortenete/

Ressources photos:

  1. https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=87557148

3. https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=8471936

2. https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=87557149

Laure de Kyiv-Petchersk

Laure de Kyiv-Petchersk

par Liliia VARAVENKO

Après de nombreuses années de vie dans une petite ville, en 2016 j’ai déménagé dans une belle grande ville, la capitale de l’Ukraine. L’une des principales perles qui attire des milliers de touristes dans la Kyiv est la Laure de Kyiv-Petchersk ou la Laure des Grottes de Kyiv. Le sanctuaire a près de mille ans d’histoire.

Complexe de Kyiv-Petchersk Laure

L’histoire

La Laure de Kyiv-Petchersk est le plus grand monastère d’Europe et l’un des plus grands au monde. Depuis le 11ème siècle, elle a une superficie de 22 hectares, et sur ce domaine se trouvent une centaine de bâtiments différents. Le monastère de Kyiv-Petchersk a été fondé en 1051 par les moines Antoine et Théodose.  Il devient par la suite un centre important de l’orthodoxie dans la Rus de Kyiv. L’ensemble architectural de la Laure des Grottes de Kyiv est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1990. 

Laure de Kyiv-Petchersk. Dômes

Le nom de Petchersk Laure vient du mot “grotte”, en ukrainien c’est “petchera”, car c’est dans les grottes de son territoire que les premiers moines se sont installés. Quelle est la longueur totale des grottes de la Laure de Kyiv-Petchersk, personne ne peut le dire, environ 850 mètres. Au total, les grottes de Laura contiennent 118 reliques et 32 ​​”têtes myrrhe”. J’ai visité la Laure plusieurs fois et à chaque fois c’était spécial. Chaque fois que je descendais dans les grottes, j’éprouvais des émotions incroyables. 

Les reliques

Certains des moines vivant dans le  monastère de Kyiv-Petchersk  sont volontairement devenus des ermites. L’entrée de leur cellule était fermée et la nourriture et les boissons étaient servies à travers de petites fenêtres. Si la nourriture servie restait intacte pendant plusieurs jours, les moines comprenaient que l’ermite était mort. Dans ce cas, la porte était murée pendant trois ans. Trois ans plus tard, les reliques étaient inspectées. S’ils ne montraient pas de signes de décomposition, le reclus était canonisé.

Les têtes myrrhe sont un autre miracle que les scientifiques ne peuvent pas expliquer. Les crânes des saints émettent de la myrrhe. “Ceux qui ont foi en Dieu dans leur cœur, oints de paix, reçoivent la guérison”. Au siècle dernier, lors de la lutte contre les églises, les têtes stockées dans des récipients en argent et en verre ont été transférées au musée et ont cessé de poduire de la myrrhe. Ce n’est qu’après le retour du monastère au sein de l’église que le miracle de la myrrhe reprit. De nombreux pèlerins visitent chaque jour la Laure de Kyiv-Petchersk, demandant  reliques de la santé, du bien-être familial et du succès.

Reliques dans les grottes

Inexplicables mais  faits réels

Il existe de nombreux faits de l’histoire de Laure qui ne peuvent être expliqués.  Par exemple, de nombreux athées qui ont étudié l’histoire en visitant les donjons de la Laure de Kyiv-Petchersk se sont convertis à la foi orthodoxe.

Ainsi, à l’ère de l’athéisme d’État en URSS, les savants appliquaient des grains de blé aux reliques des saints de l’église. Il s’est avéré que ces grains germaient environ 30% plus vite et donnaient un rendement plus élevé. Les scientifiques soviétiques sont allés plus loin: ils ont irradié les grains . Malgré cela, le blé, qui  avait  été exposé aux radiations et  avait passé quelques temps dans les cachots de la Laure, a donné une meilleure germination que les céréales ordinaires.

Baroque ukrainien

Il y a d’autres faits inexpliqués. L’oxygène dans les grottes de Lavra à Kyiv s’oxyde 10 fois plus lentement que l’oxygène à la surface. Il est à noter que les scientifiques soviétiques ont laissé des colonies bactériennes dans des niches similaires. Les colonies ont été  réduites en nombre au moins deux fois et les bactéries pathogènes ont été généralement tuées.

Les restes des gens ordinaires lorsqu’ils sont décomposés dégagent une puanteur. Étonnamment, les parfums se font sentir près des reliques des saints. Il n’y a toujours pas d’explication à ces phénomènes, car un examen biochimique minutieux n’a pas révélé de substances utilisées pour la momification, l’embaumement ou la conservation.

La Laure de Kyiv-Petchersk est l’un des trésors les plus précieux du peuple ukrainien. Les mots seuls ne suffisent pas à transmettre le sentiment de grâce, de paix et de confort intérieur qui vous enveloppe dans ce sanctuaire. Aujourd’hui, tout le monde peut visiter les temples et musées, toucher les mystères des siècles et rejoindre la sainteté des icônes anciennes.

Sources

https://fr.wikipedia.org/wiki/Laure_des_Grottes_de_Kiev

https://dovidka.biz.ua/kiyevo-pecherska-lavra-tsikavi-fakti/

https://myukraine.org.ua/kyevo-pecherska-lavra/

https://lavra.ua/uk/

photo https://myukraine.org.ua/kyevo-pecherska-lavra/ 

La météo marine britannique : un voyage auditif bien-aimé

par Sarah MCINTOSH

C’est un stéréotype connu que les Britanniques aiment parler de la météo. Ce qui est peut-être moins connu, c’est l’affection britannique pour notre Shipping Forecast, la météo marine qui est diffusée à la radio publique quatre fois par jour. Même si l’audience prévue originellement était les marins qui travaillaient autour des îles britanniques, la plupart des auditeurs aujourd’hui n’ont pas besoin vraiment de cette météo. Cependant cette litanie poétique des états des mers, à la fois cryptique et familière, est entrée dans notre culture, aussi fortement que les carillons de Big Ben

La carte de la Shipping Forecast

Le format

La Shipping Forecast suit un format très strict. Son émission se déroule chaque jour à 00:48, 05:20, 12:01 et 17:54. Elle est limitée normalement à 350 mots, à l’exception de celle de 00:48 qui inclut une zone marine additionnelle. La météo commence par des avis de tempête et ensuite un résumé général. Puis le présentateur lit chacune des 31 météos zonales, résumant les informations clefs sur le vent, l’état de la mer, le temps et la visibilité. La météo va toujours dans le sens des aiguilles d’une montre autour des îles britanniques, en commençant avec la zone Viking, une zone marine entre les Shetland et la Norvège. 

L’émission après minuit est un peu différente. En plus d’être légèrement plus longue, elle est précédée par un morceau de musique intitulé ‘Sailing By’ afin que les marins puissent trouver la vraie fréquence. Elle est suivie par l’hymne national et, à partir de 01:00, le service international commence.

L’histoire

En 2017 la Shipping Forecast a fêté son 150ème anniversaire. En 1859 le navire Royal Charter a sombré dans une tempête sévère et plus de 450 personnes sont mortes. Quelques années après cette tragédie, Robert Fitzroy, le chef du prédécesseur du service officiel britannique de la météorologie, a créé un service d’avis pour les marins. Il utilisait la communication de télégraphe. Pensant que le public serait intéressé par cette météo (en anglais «forecast», un mot qu’il a inventé), Fitzroy a commencé aussi à la publier dans un journal national. La Shipping Forecast a été transférée à la radio en 1924, peu après la formation de la British Broadcasting Company (BBC). 

Le navire Royal Charter

Sa popularité

En 2014 la BBC n’a pas réussi à diffuser la Shipping Forecast à 5:20 et elle a reçu beaucoup de plaintes sur les médias sociaux. Même si la BBC a fait ses excuses et l’a diffusée à 6:40, la débâcle !  Bien couvert dans la presse, cet incident a illustré combien les Britanniques sont attachés à notre météo marine. Sa diffusion attire une audience de centaines de milliers de personnes soit  beaucoup plus que ceux qui en ont un vrai besoin. Même les marins aujourd’hui ont souvent une technologie à bord qui leur donne l’information nécessaire; la Shipping Forecast est plutôt une façon de la vérifier.

Alors pourquoi la Shipping Forecast est-elle toujours populaire aujourd’hui ? Une théorie est qu’elle rappelle aux Britanniques que nous sommes un état insulaire avec une grande histoire maritime. Pour le meilleur ou pour le pire, il est possible que la météo marine évoque une nostalgie collective pour notre passé. Beaucoup de gens expliquent aussi son attraction par sa cadence poétique, qui est en fait intentionnelle afin que chaque marin puisse obtenir l’information pertinente. La météo donne de façon rythmique son information, en rappelant les vagues aux auditeurs qui ne sont pas probablement sur la mer. 

L’émission après minuit, avec l’extrait musical ainsi que l’hymne national, est surtout bien ancrée dans la culture britannique. Pour beaucoup, elle est comme une berceuse–un petit rituel tous les soirs avant de s’endormir. L’extrait musical ‘Sailing By’ est un choix populaire aux enterrements et de nos jours, on peut trouver une histoire pour dormir inspirée par la Shipping Forecast sur une application de méditation. 

La Shipping Forecast a inspiré de nombreuses chansons et poèmes britanniques. Par exemple, les groupes Blur et Radiohead ont des paroles de La Shipping Forecast. Carol Ann Duffy, une ancienne lauréate de poésie, a un poème intitulé ‘La prière’ qui finit:

L’obscurité dehors. Dedans, la prière de la radio:

Rockall. Malin. Dogger. Finisterre.

En 2012 la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques à Londres, qui a fêté la culture britannique, a inclus un extrait de la Shipping Forecast.

La Manche: la mer entre l’Angleterre et la France

La comparaison avec la France

J’étais intéressée de découvrir si la France avait l’équivalent de la Shipping Forecast. Même si la France n’est pas une île, trois des six frontières de l’Hexagone sont côtières. Et bien sûr la France partage quelques zones marines avec sa voisine au nord, notamment celles de la Manche. Cependant j’ai découvert qu’à la fin de 2016, France Inter a arrêté de diffuser la météo marine française à cause de raisons pratiques. Elle coûtait trop d’argent et trop peu de gens, surtout les marins, écoutaient. Bien que la station de radio ait reçu des milliers des lettres et poèmes déplorant sa perte, la France n’a plus de météo marine à la radio nationale. J’imagine que l’indignation nationale empêcherait cette décision en Grande Bretagne !

Un voyage auditif

Si jamais vous voyagez en Grande Bretagne, je doute que vous visitiez les lieux de la Shipping Forecast. Peu de Britanniques savent localiser toutes les zones marines sur une carte, et les ont encore moins visitées. Cependant si vous allumez la radio pendant votre séjour et entendez la Shipping Forecast, j’espère que vous savez maintenant un peu plus sur cette curiosité britannique bien-aimée.  

Sources:

https://www.telegraph.co.uk/culture/tvandradio/10864894/The-shipping-forecast-part-of-Britains-cultural-tapestry.html

https://www.atlasobscura.com/articles/shipping-forecast-popular-culture-united-kingdom-sleeping-nostalgia

http://londrescalling.canalblog.com/archives/2014/01/16/28949336.html

https://www.franceculture.fr/emissions/lheure-du-documentaire/lecoute-de-la-meteo-marine

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/4/4e/StateLibQld_1_186783_Royal_Charter_%28ship%29.jpg

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/74/White_Cliffs_of_Dover_02.JPG

C’est Noël ! Pas partout mais c’est une fête…

C’est Noël ! Pas partout mais c’est une fête…

par @AATFTC

On peut dire que Noël est une fête chrétienne qui célèbre la naissance de Jésus Christ. Dans certains  pays majoritairement non-chrétiens les gens peuvent célébrer Noël en tant qu’événement culturel. Un émerveillement pour fêter la fin d’une période et la renaissance d’une nouvelle.Voici un article où  je vais partager mes souvenirs de Noël dans trois différents pays que je connais particulièrement : au Royaume-Uni en Angleterre, en France en Provence, et en Turquie.

Noël en Angleterre

Si dans la plupart des pays, le repas de fête a lieu la nuit de Noël, en Angleterre il a lieu le jour de Noël. Les familles préparent leur dîner de Noël toute la journée. Ils prennent leur dîner un peu tôt : l’après-midi à peu près à 15h00 où beaucoup de personnes regardent le discours de Noël de la reine. C’est une autre tradition depuis 1932 !

Un jour après Noël, on célèbre “le jour des boîtes” (Boxing Day). C’est un jour férié, c’est le jour où on se donne les cadeaux. Mais aussi c’est une journée pendant laquelle on peut faire des achats  de vêtements et d’autres produits soldés.

Gâteau du Noël Anglais

Il y a différents gâteaux de Noël tels que la tartelette de haché (mince pie) et le pudding de Noël. Contrairement à ce qu’on pense souvent, la tartelette de haché ne contient pas la viande haché. C’est une tartelette sucrée avec beaucoup de fruits secs et d’épices spéciales qui sont appelées  “mincemeat” (viande hachée) !

Le pudding de Noël est un gâteau très riche avec encore des fruits secs, mais aussi des différents sorte de noix, d’épices, de la mélasse noire et de  la liqueur ou vin sucré comme le xérès ou le cognac (brandy). On aime l’alcool en Angleterre !       

 Noël en Provence

Une créché santons dans l’abbaye Saint-Victor de Marseille

Il y a beaucoup de traditions particulières de Noël en Provence. Je vais parler de seulement deux : la crèche, les santons et les treize desserts.

La première fois où j’ai vu une crèche avec les santons dans l’abbaye Saint-Victor de Marseille il y a 16 ans, j’en suis tombé amoureux. La crèche avec les santons est une vieille tradition provençale. C’est une représentation d’un village provençal traditionnel. Faits en argile à la main, les santons représentent les villageois provençaux. Individuellement peint, chaque santon est unique. Le nom “santon” vient du nom provençal « santoun » c’est-à-dire “petit saint”. Si vous voulez vous pouvez les collectionner aussi mais faites attention: ils sont chers !

Et maintenant pour ceux qui aiment les desserts : comme  dans beaucoup de fêtes dans les quatre coins du monde, il y a des desserts pour Noël, mais en Provence il y a 13 desserts représentant la Cène avec les 12 apôtres et Jésus. Ce sont les figues sèches pour les Franciscains, les amandes pour les Carmélites, les raisins secs pour les Dominicains, les noix pour les Augustins, les dattes de l’Orient où Jésus est venu, les nougats noirs et blancs, la pompe qui est une galette ronde aplatie à l’huile d’olive, la pâte de coing ou fruits confits, les oreillettes qui sont de petites gaufres légères et fines, les fruits frais ou glacés des oranges, des raisins, et des melons. Traditionnellement, ils sont servis du Noël au 27 Décembre. Mais, qui peut les attendre ?    

Noël ou le non-Noël en Turquie

D’une scène dans une rue en Turquie pendent Noël

Dans ce pays plein de contrastes (seul pays majoritairement musulman et constitutionnellement laïc) et d’histoire chrétienne (plusieurs branches y sont nées), Noël n’est pas célébré formellement en Turquie. Il y a encore des groupes chrétiens en Turquie et ils célèbrent discrètement Noël. Ils représentent moins de 1% de la population.¹ Pour le reste,

cependant, le nouvel an est célébré comme Noël avec sapin décoré, échange de cadeaux, cartes de Noël, guirlandes dans la rue, dîner de fête et dinde farcie, et le père Noël qui s’appelle ici papa Noël (Noel Baba) et qui apporte les cadeaux … le 31 décembre.         

Il y a aussi une croyance que le père Noël vient de Demre, un petit village touristique dans le sud de la Turquie. Il est vrai que dans l’église Saint Nicolas, des archéologues ont trouvé un tombeau.² Certains croient que c’est celui de Saint Nicolas. Alors, qui sait ! Le père Noël serait Turc! J’oubliais de dire que Noël s’écrit Noel sans tréma en turc! J’ai rencontré beaucoup de personnes qui mélangent nouvel et Noël ! Cela m’amuse beaucoup !

 

Références:

  1. https://fr.wikipedia.org/wiki/Christianisme_en_Turquie
  2. https://www.nationalgeographic.fr/histoire/cette-eglise-turque-abriterait-le-tombeau-de-saint-nicolas
Né avec une rame dans les mains

Né avec une rame dans les mains

par  🙂

J’ai entendu, il y a longtemps, que les Féroïens étaient nés avec une rame dans les mains. Le proverbe ne tient bien sûr pas la route pour tout le monde aux Îles Féroé mais il y a une relation spéciale entre le peuple et ses bateaux. On peut dire que cela vient naturellement quand la ressource halieutique représente 90% des exportations et que la plus grande partie de territoire gouvernée par les îles est maritime. Donc personne ne sera surpris quand je dis que le sport national est la course de vitesse d’aviron.

Les barques à rames ont été utilisées pendant des  générations pour faire la pêche aux Îles Féroé. A un  moment donné les vieilles méthodes de pêche  sont devenues obsolètes et remplacées par des bateaux plus grands et efficaces. Au fur et à  mesure les barques sont réaffectées pour les compétitions dans des festivals. Au début les bateaux disponibles ont été utilisés pour concourir mais petit à petit des bateaux spéciaux sont construits pour lce nouveau sport.

Les bateaux sont construits pour subsister dans des certaines conditions climatiques, car les entraînements et les compétitions  peuvent tomber sur une journée de mauvais temps. On peut mentionner qu’il y a un climat océanique aux îles avec 210 jours de pluie, si bien que c’est très probable de concourir avec le  mauvais temps. Mais ils sont aussi construits   en respectant leurs origines : ils sont construits entièrement de bois. En raison de cela ils sont bien plus lourds et lents par rapport aux bateaux d’aviron français qui sont le plus souvent construits de matériau composit. Pour rendre la compétition plus intéressante et plus accessible, elle a été raccourcie à une course de vitesse de 1000 mètres, la moitié de la compétition française la plus courte.

By Eileen Sandá – Own work, CC BY-SA 3.0. 

Chaque bateau est peint avec les couleurs du club auquel il appartient, quelques clubs ont aussi une étrave spéciale*. Par exemple les bateau de HR sont tous blancs avec un liston bleu et l’étrave en forme d’un dragon, ceux de RK sont bleu avec un ligne bleue sous le liston.  

By Eileen Sandá- Own work, CC BY-SA 3.0,

By Eileen Sandá Own work, CC

Aux Îles Féroé il y a sept compétitions annuelles qui se tiennent pendant des “stevnur” (au singulier stevna ) qui sont des festivals d’été où l’aviron sont le plus souvent l’attraction principale. Les « stevnur » se tiennent dans des villes et villages différents autours des îles presque chaque week-end de juin et juillet. Chaque bateau obtient des points selon  son placement dans la course, le bateau avec le plus de points gagne le tournoi annuel. Tout se conclut pendant la fête nationale Ólavsøka, où les bateaux se battent entre eux pour la victoire la plus importante. Les vainqueurs ce jour-là sont célébrés autant que les vainqueurs du tournoi, donc c’est là où la course est le plus dur et où il y a le plus de spectateurs.

Même si les compétitions féroïennes ne sont pas aussi grandes que les françaises, des rameurs féroïens, de tous âges, versent leur sang, leur sueur et leurs larmes pour être vainqueurs et pour cela je trouve ce sport  impressionnant. J’y ai participé six ans et nous avons obtenu des résultats mitigés, nous avons perdu et nous avons gagné. Maintenant je ne pratique plus  mais chaque année je suis le concours pour voir si mon bateau ou mon club  gagne ou pas et je célèbre le gagnant de Ólavsøku et du tournoi annuel.

 

*une étrave est  une grande pièce de bois ou métal qui termine la coque vers l’avant en formant la proue d’un navire

Sources

https://en.wikipedia.org/wiki/%C3%93lavs%C3%B8ka

https://en.wikipedia.org/wiki/Rowing_(sport)

https://en.wikipedia.org/wiki/Faroe_Islands

Photos

https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=16037399

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Olavsoka_2010_Boat_Race_Women_6-oar_rowing_boats.JPG

https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=15640723

 

L’artisanat de Grenade

Par Veronica GANZABAL

Photo grenade

Grenade, au sud de l’Espagne, est une province jolie comme seulement Grenade peut l’être. Cet endroit incomparable se situe entre la plage, la montagne et la campagne. Il a été la maison de plusieurs peuples le long de son histoire : les Ibères, les Phéniciens, les Grecs, les Romains, les Musulmans et les Chrétiens. Ce prodigieux mélange de cultures a laissé sa trace dans l’artisanat, qui est le fidèle reflet des coutumes et de la vie au quotidien.

Le métier de la boue : des potiers et des céramistes

La céramique, surtout d’origine musulmane, a plusieurs styles qui ont survécu depuis l’antiquité jusqu’à nos jours grâce à leur beauté et leur utilité. Quelques exemples de ces oeuvres en argile sont la céramique Fajalauza, les anafres d’Alhama, les pipos de Guadix, les botijos de gallo d’Almuñecar ou les orzas de Huescar. Tous ces types d’artisanat sont principalement liés à la vie rurale et au travail agricole.

Ils étaient vendus avec grand succès partout dans le centre et le sud de l’Espagne par des marchands  mais, pendant les années 50 du XXème siècle, la mécanisation des travaux agricoles, la migration vers les grandes villes et l’apparition de nouveaux matériels pour la fabrication des objets ont fait que toute cette production s’est orientée plus vers des fins décoratives et vente aux touristes.   

La céramique la plus caractéristique de Grenade est la Fajalauza, faite surtout à la capitale et dans certains villages autour de la capitale. Cette façon de travailler la céramique vient de la tradition nazari (nazari ou nasride est une dynastie arabe fondée par Mohammed ben Nasar à Grenade et qui représente le dernier règne arabe de Grenade jusqu’à 1492) et ses motifs floraux et géométriques et ses couleurs, vert, blanc et bleu ont été pris par les Chrétiens jusqu’ à présent.

Un autre exemple de cet artisanat est la jarra accitana ou pichet de Guadix, avec une décoration très baroque de fleurs, des feuilles, de coqs et de grands masques.

Le métier du bois

La Taracea est une technique artisanale qui consiste à prendre de petites pièces en bois, nacre, ivoire ou métal de différentes couleurs et à former avec celles-ci un dessin décoratif, c’est pour cela qu’on le nomme mosaïque. On peut trouver les premiers exemples de ce type d’artisanat en Mésopotamie il y a plus de trois milles années. Les Arabes ont introduit cette technique en Espagne après la Conquête de la Péninsule, c’est pour ça que  le nom: le mot arabe “tar’sia” signifie incrustation. Actuellement cette forme de création artisanale subsiste à Damas et à Grenade.

Grenade est aussi l’une des deux écoles les  plus importantes de luthiers de Espagne. Célèbre pour ses guitares flamencos et classiques, l’école de Grenade continue aujourd’hui son travail dans des lieux emblématiques comme el Albaicín ou la Cuesta Gomérez.

Grenade a aussi des grandes sculptures qui ont traversé l’imaginaire religieux. Les pasos de Semana Santa (des statues qui défilent durant la Semaine Sainte portées par des hommes, costaleros) sont bien connues dans tout le pays.

Le christianisme a laissé une trace importante dans l’artisanat en du bois: les meubles de la Renaissance, aussi nommés style espagnol ou grenadin. Ce style a son origine dans quelques pièces réalisées dans les temps des Rois Catholiques (XVe siècle) et ça a continué à se faire durant les XVIe et XVIIe siècles. On trouve des barguenos (des cabinets avec de tiroirs secrets) arquimesas (un autre type de bureau) et meubles de chambre à coucher décorés avec de mascarones (des grands masques), grutescos (combinaison des éléments décoratifs tels que des éléments végétaux, des vases, des cornes d’abondance, des armures, des têtes de boeuf et des divers personnages mythologiques qui remplissent d’une forme riche et capricieuse l’espace)

Le métier du métal

La forge et la chaudronnerie sont des métiers dont l’importance s’est maintenue jusqu’à aujourd’hui. L’endroit continue à être le même, les forges et les ateliers de l’Albaicin et du Sacromonte, des quartiers historiques au nord-ouest de Grenade, bien que les matériels et les techniques de travail aient changé en s’adaptant aux temps et à la demande: le cuivre a été substitué par le laiton et au lieu des chaudrons et des ustensiles de cuisine, maintenant sont faits des objets plus propices à  la décoration qu’aux nécessités quotidiennes. Cependant, l’objet qu’il me plairait de faire remarquer dans cette section est la lanterne grenadine. Faites dans un fer-blanc et un cristal, ces petites oeuvres d’art quotidien  conservent l’élégance et l’harmonie géométrique et de couleur qui honorent leurs racines arabes.

Le métier du textile

Ici la variété est vraiment grande, de la fabrication de la soie à la broderie avec l’or dans tout type de tissus riches pour faire surtout des vêtements luxueux, ou à la confection de vêtements dans la  tulle ou dans la  dentelle. Ce type de broderies a une décoration petit et très serré où le designe de la fruit de la Grenade, symbol de la ville, est très courant. Cette broderie, appelle blonda granadina, s’utilise pour faire des draps, des voiles, des foulards et des services de table; tout ça fait en fil, avec de couleurs claires et une inspiration baroque et de la Renaissance.

Beaucoup plus modeste est la jarapa alpujarrena, un tissu en coton ou laine fait dans des machines artisanaux à tisser. Les plus connus sont ceux-là des Alpujarras Grenade, une région montagneuse au Sud de la ville de Grenade, et aujourd’hui ce sont pratiquement les uniques qui subsistent.

Je conseille au voyageur d’aller à Grenade de prendre du temps pour connaitre tous ces petits coins où ces métiers se développent, de parler avec la personne et demander sur tout ce que vous voulez savoir. Vous vous étonnerez de la connaissance profonde que l’artisan a sur les traditions et l’histoire, et de comment son histoire personnelle et familiale est totalement liée à son travail et sa passion. La conversation peut être brève si la personne est vraiment réservée, ou chaleureuse et détendue se terminant avec un verre de vin.  La légende raconte que dès que le voyageur commence à comprendre et à connaître Grenade et ses habitants, il ne peut pas les expulser de son coeur. Ça s’appelle el embrujo de Granada (le sortilège de Grenade)

 

Sources :