Une tradition en voie de disparition en Turquie

Une tradition en voie de disparition en Turquie

Par Busra Karaman

   Le tatouage est le nom générique des signes et des motifs réalisés sur la peau humaine. En d’autres termes, c’est une forme d’art dont les origines sont cachées dans les profondeurs de l’histoire et qui est fondée sur la croyance. Depuis l’Antiquité, les gens considèrent les tatouages comme un moyen de s’exprimer. La plupart du temps, ils apparaissent sous la forme d’une lettre, d’un symbole ou d’un nom.

           La tradition du tatouage est très ancienne. L’histoire des tatouages remonte à l’âge néolithique, certaines personnes étaient passionnées et d’autres n’y voyaient qu’un petit accessoire. Par ailleurs, des tribus considéraient les tatouages comme un signe de noblesse, d’autres comme immoraux.

          Pendant très longtemps en Turquie, le tatouage se trouvait le plus souvent chez les populations marginalisées et faisait largement partie de la culture populaire. Cependant, le tatouage, en tant que tradition très ancienne, se pratique encore dans notre pays, comme dans de nombreuses régions du monde. Aujourd’hui il n’appartient plus à une certaine communauté. Chacun se fait tatouer ce qu’il aime, des souvenirs qu’il ne veut pas oublier ou tout objet qu’il trouve esthétique sans préjugé. 

         Vous pouvez rencontrer très souvent les tatouages traditionnels en Turquie, surtout dans certaines régions. Ils sont plus courants dans la région du sud-est de l’Anatolie. Je suis née dans cette région et j’ai grandi dans une famille conservatrice. Se faire tatouer n’était jamais bien vu. De plus, notre religion nous le déconseille fortement. Malgré tout cela, ma mère de soixante ans, née dans un petit village du sud-est de l’Anatolie et  qui a grandi dans une famille plus conservatrice que la mienne, s’est fait tatouer son visage quand elle était jeune. C’est un sujet qui m’a toujours intéressé et qui m’a poussé à enquêter.

          Le tatouage ¨dek¨ ou ¨dak¨

          Les dessins des tatouages ¨dek ¨ ou ¨dak¨ sont très esthétiques, en outre cet ornement corporel a une signification réelle, chaque motıf étant un symbole à  lui seul. Il ajoute une beauté toute particulière aux femmes. Elles ne pouvaient parler d’elles-mêmes, de la société et de la religion, donc elles s’exprimaient avec ces symboles tels que des fleurs, des étoiles, des peignes et des cœurs. De nombreuses femmes ont des tatouages ¨dek¨ sur les mains, le visage et les pieds, mais également, plus cachés, sur la poitrine, le dos aınsı qu’ à l’aine. Ils reflètent ce que la personne veut dire mais ne peut pas dire. Par exemple, la fleur sur la poitrine est la première lettre du prénom de l’amant, l’image de peignes alignées en rang signifie en fait le rêve d’épouser le chef du village. En outre, il était un indicateur de la famille à laquelle vous apparteniez. C’était donc presque un symbole de classe.

         Le tatouage traditionnel populaire est une décoration permanente à base de matières colorantes, exécutée avec un outil pointu sur n’importe quelle partie du corps, pour des raisons telles que la parure, la protection contre les maux, le talisman etc. Or, la coloratıon du tatouage traditionnel qu’on rencontre en général dans la région du sud-est d’Anatolie et qui s’appelle ¨dek¨ ou ¨dak¨ se fait avec un mélange obtenu en utilisant des bouts de charbon, d’une herbe et de lait maternel. Ce mélange est mis  sous la peau avec des aiguilles  comme parure, protection contre le mauvais œil ou pour l’’abondance ou  talisman.. Cette méthode de tatouage, qui était l’expression de la vie et des désirs des gens, ne suit plus aujourd’hui les pratiques de la tradition.

           Le tatouage qui prévient la mortalité infantile: ¨Ismel bikar¨

           A l’issue de leurs recherches dans les villes de Sanliurfa, de Kilis, de Gaziantep et de Mardin, les chercheurs déclarent que les gens de cette région se tatouent principalement ̈ ismel bikar¨ estimant que cela empêche la mort de leurs enfants. Ce tatouage, réalisé sous la forme de trois points, se retrouve généralement sur les paumes et sur le visage. Si nous avons de la chance, même aujourd’hui, il est possible d’en apercevoir. Hormis ¨ismel bikar¨ , les symboles célestes sont aussi très utilisés. En effet, le soleil symbolise la masculinité et l’abondance, la lune symbolise la féminité et la fertilité.

        Bien que le tatouage traditionnel ait des traces d’anciennes croyances et traditions, il semble avoir perdu son objectif initial à l’époque moderne. La plupart des femmes qui se font tatouer le font pour se parer. Le tatouage traditionnel démontre l’histoire d’une région. Bien que ce soit une tradition en voie disparition, c’est un sujet passionnant qui mérite réflexion.

Les sources

http://www.kulturmafyasi.com/kaybolan-izler-guneydoguda-geleneksel-dovme-ya-da-dek-ve-dak/

http://www.amargidergi.com/yeni/?p=1031

https://www.gazeteduvar.com.tr/etiket/kaybolan-izler-guneydoguda-geleneksel-dovme-ya-da-dek-ve-dak

https://www.mardinlife.com/mezopotamyanin-simgesel-dili-daq–nexs–dovme-haberi-98